Chacun de nous ici pourrait penser que, grâce au combat quotidien que mènent les femmes depuis de nombreuses années, celles-ci pourraient enfin avoir le droit de disposer librement de leur corps, tel que le prévoit explicitement le Code de la santé publique, qui impose qu’« aucune intervention sur le corps humain ne peut être pratiquée sans le consentement libre et éclairé de la personne » et le principe de la responsabilité individuelle : « Toute intervention sur le corps humain nécessite un consentement libre et éclairé, et chacun est responsable des conséquences de ses actes. ». Mais vous vous rendez bien compte que ce n’est pas toujours vrai.

Je pense notamment à l’affaire des viols de Mazan, qui concerne la situation de Gisèle Pélicot, qui a subi, de 2011 à 2020, de multiples viols collectifs, organisés par son mari, qu’elle pensait sincère dans ses intentions liées au mariage qui les unissait. On parle là de viols systématiques, calculés selon un mode opératoire précis, dans lequel la femme est réduite à un simple produit de consommation. Comme on pouvait acheter un vélo sur Leboncoin, il était aussi facile de se rendre sur le site « coco.fr » pour détruire l’intégrité physique et morale d’un être humain doté de droits dès sa naissance, comme le précise l’article 1 de la Déclaration du 26 août 1789 des droits de l’homme et du citoyen : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. ».

Gisèle Pélicot a été victime des désirs parmi les plus ignobles d’hommes, qui n’ont pas hésité à risquer sa vie pour assouvir leur soif.

Les cas aggravants sont nombreux. En effet, selon le Code pénal, à l’article 222-24, il est écrit à l’alinéa 15 que le crime est d’autant plus grave « lorsqu’une substance a été administrée à la victime, à son insu, afin d’altérer son discernement ou le contrôle de ses actes ». Dans cette affaire, Monsieur Pélicot administrait à son épouse, à son insu, de puissants anxiolytiques mélangés à ses repas ou à ses boissons, ce qui la rendait comme inconsciente lors des viols qu’elle subissait. De plus, selon l’alinéa 11, le viol est davantage préjudiciable lorsqu’il est commis par le conjoint, le concubin de la victime ou le partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Et ce n’est pas fini, je pourrais continuer longtemps à vous décrire l’horreur des crimes de M. Pélicot. Rendez-vous compte que l’on parle là de viols méticuleusement organisés, si bien que l’hygiène corporelle des hommes était réglementée et qu’ils étaient contraints dans leurs actes sexuels afin de ne pas réveiller Madame Pélicot.

Aujourd’hui, la justice a parlé. Rappelons que, selon l’article 222-23 du Code pénal, « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital ou bucco-anal commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». Grâce aux plus de 20 000 photos et vidéos qui ont été retrouvées et examinées au procès, Dominique Pélicot a été condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle, tandis que les peines des 50 autres hommes vont de 3 ans à 20 ans de prison ferme. Le plus frappant dans tout cela s’observe au procès du côté des agresseurs. Peu sont ceux qui ont reconnu leur entière culpabilité, alors que tous les éléments les désignaient comme coupables. Certains ont plaidé l’ignorance, affirmant qu’ils pensaient la victime consentante, voire morte ; d’autres ont évoqué des problèmes psychologiques pour se dédouaner de toute responsabilité.

Alors, me direz-vous, des solutions sont proposées pour lutter contre cette atteinte à l’intégrité physique des femmes, notamment par les victimes elles-mêmes. Par exemple, pensez à Gisèle Pélicot, dont l’histoire a fait réagir toute l’Europe et qui, en ce moment, passe de pays en pays pour raconter la tragédie qu’elle a subi et sensibiliser les femmes, les hommes mais aussi les plus jeunes afin que l’histoire ne se répète plus. Mais le problème est plus large. En 2018, 348 000 violences sexuelles ont été recensées dans l’Union européenne selon l’INSEE. Neuf victimes sur dix sont des femmes. Le cas de Gisèle Pélicot, aussi tragique soit-il, n’est pas isolé. Le problème est plus large : il ne s’arrête pas aux portes des foyers des victimes, il ne reste pas enfermé à Mazan. Non, il est sociétal : les sociétés européennes sont gangrenées par une culture du viol et du non-respect des femmes. La solution est pourtant sous nos yeux : l’éducation. Changeons la manière dont on forme les générations futures à la vie en société. Éduquons-les dans le respect des femmes qui les entourent. Modifions les normes qui guident notre jeunesse. Évitons que l’histoire ne se répète ; ne nous contentons pas de protéger nos filles, mais éduquons nos fils.

TS

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